Témoignages

Utopia

 

 

Utopia n'aurait jamais pu croître et embellir s'il n'y avait eu en 83 la naissance de l'IFCIC.

 

Anne-Marie Faucon, Exploitante
Co-fondatrice du réseau de salles indépendantes Utopia 

 





 

Q. Anne-Marie FAUCON, pouvez-vous nous rappeler comment s’est développé le réseau UTOPIA ?

R. Utopia est né dans des conditions difficiles en 1976 : on avait lâché nos boulots respectifs pour créer un petit cinéma comme on en rêvait, bricolé dans une chapelle désaffectée avec trois francs six sous empruntés aux copains. Une petite salle de 140 places ouvrait péniblement avec pour toute publicité un maigre tract dans lequel on racontait aux spectateurs notre envie de faire venir en province des films qui restaient cantonnés à Paris ou, à petites doses, dans les villes universitaires.
Dans un contexte local difficile, le seul soutien au démarrage nous est venu des spectateurs qui nous faisaient des chèques pour retirer les films envoyés "contre remboursement" (notre banque nous avait piqué nos chéquiers) et nous aidaient à payer les factures quand EDF nous coupait l'électricité.

Malgré ces difficultés, nous avons pu ouvrir deux nouvelles petites salles dans un local à côté, tout aussi bricolées que la première... Des spectateurs se sont portés caution pour un petit emprunt, un entrepreneur en maçonnerie cinéphile a fait l'avance des travaux. Le public s'élargissait peu à peu, tout comme le nombre de volontaires pour participer à cette drôle d'aventure. L'idée était qu'une salle seule ne s'en sortirait pas et qu'il fallait que d'autres se créent. Utopia servait de lieu d'apprentissage, et, à nouveau, des spectateurs nous ont aidés à créer ou ré-ouvrir des salles dans d'autres villes ou villages.
Cependant, l'accès au film était alors difficile partout et il n'était pas dans la culture des élus d'accompagner la naissance de salles. Si certaines tenaient tant bien que mal, d'autres jetaient l'éponge. Nous connûmes quelques "dépôts de bilan".
Les choses se sont améliorées au début des années 80 avec la naissance de l'ADRC, l'arrivée d'un médiateur du cinéma et de l'IFCIC. Les mentalités ont commencé à évoluer.

 

Q. L’exploitation de vos salles devient alors moins compliquée. Qu’en est-il de vos problématiques de financement ?

R. Si les films nous devenaient plus accessibles, il était patent que nos déficits chroniques, nos fonds propres négatifs et nos multiples incidents bancaires nous poursuivaient au point que les banques ne nous accordaient pas l'ombre d'un découvert.
Malgré une fréquentation qui ne cessait d'augmenter et une image dont la force se confirmait avec le temps, Utopia n'aurait jamais pu croître et embellir s'il n'y avait eu en 83 la naissance de l'IFCIC. Pour la première fois, nous pouvions envisager d'emprunter de façon significative, de faire un prévisionnel qui tienne la route pour acheter deux petites salles dans la rue Champollion à Paris, avec le succès que l'on sait - et qui nous permit de faire découvrir pendant 7 ans une foultitude de films de toutes nationalités et notamment (grâce à notre collaborateur Mamad Haghighat) un cinéma iranien complètement ignoré à l'époque.

En 93, nous décidions de céder la petite salle rénovée et bien vivante pour reprendre trois salles à Toulouse, aidés là encore par l'IFCIC, tandis que quasi simultanément nous ouvrions les salles de La Manutention à Avignon. Cette accélération est venue en 92 d’une nouvelle rencontre réunissant l'IFCIC et une banque « coopérative » : pour la première fois, à notre grand étonnement, une jeune directrice de banque fan de lecture, de musique et de cinéma, nous proposait ses services alors que tous les organismes bancaires nous rejetaient.

 

Q. Pouvez-vous qualifier l’accompagnement de l’IFCIC à vos côtés durant ces années ?

R. Il y eut des échanges, des réunions et ce n'était pas seulement une question d'argent. Les équipes de l’IFCIC jouaient un véritable rôle d'accompagnants, participaient de notre évolution, nous aidaient à penser nos projets, à comprendre des mécanismes qui ne nous étaient pas familiers. Depuis, il y a eu Utopia à Bordeaux, Utopia à Tournefeuille, toujours avec le soutien de l’IFCIC.

 

Q. Qu’en est-il aujourd’hui ?

R. Le temps passant, il nous a semblé que la meilleure façon de pérenniser Utopia et de lui permettre de continuer à croître, c'était de transmettre chaque salle à ses salariés, tout en créant une structure commune qui maintiendrait une solidarité entre elles : gestion collective du compte de soutien du CNC, accompagnement de nouvelles salles, formation permanente des coopérateurs pour que les transmissions futures se fassent pour la meilleure évolution de tous... La forme SCOP était la meilleure envisageable dans ce processus de transmission, qui nécessite des financements importants

Là encore, l'IFCIC nous accompagne, étudie les budgets avec nous, prend en compte l'humain : la transformation d'Utopia à Bordeaux s'est faite en novembre 2013, le petit Utopia de Montpellier devrait suivre en novembre 2014. Cela n’est pas une mince affaire : il est très compliqué de définir collectivement des règles, de trouver une forme d'harmonie dans un groupe de personnes aux personnalités variées... Le rôle de l'IFCIC n'est pas seulement technique : en nous permettant d'ancrer un projet plutôt idéaliste dans des réalités économiques, il nous aide à faire vivre notre vision humaine des choses.

 


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